Les abeilles

Les abeilles menacées

Einstein aurait dit (mais rien n’est moins sûr…) : « Si l’abeille disparaissait de la surface du globe, l’homme n’aurait plus que quatre années à vivre », la phrase fait sensation. A l’heure où les abeilles disparaissent par milliers, la petite phrase revient comme un « gimmick » dans les articles ou reportages alarmants sur le sort de l’abeille. Alors : alarmisme primaire ou réel péril écologique à venir ? Quelques éléments de réponse.

 

Info ou intox ?

AbeilleSource : fr.wikipedia.org

Les abeilles assurent la pollinisation de nombreuses plantes sauvages et cultivées. Elles permettent ainsi le maintien d’une grande diversité végétale. Leur disparition serait évidemment une catastrophe écologique de grande ampleur. Sans elles, nous pourrions dire adieu à une bonne partie de nos fruits et légumes entre autres.
Si les colonies subissent de façon naturelle des épisodes de forte mortalité, les récents phénomènes de disparition constatés partout à travers le monde sont bien réels et ne semblent pas faire partie des causes naturelles de mortalité. Aux Etats-Unis, une étrange maladie a fait son apparition : le syndrome d’effondrement des colonies (ou Colony Collapse Disorder) (5). Etrange maladie car les ruches se vident inexorablement de leurs ouvrières qui meurent sans qu’aucun cadavre ne soit retrouvé à proximité de la ruche. Ce fléau réunit plusieurs équipes de chercheurs à travers le monde qui traquent activement le ou les coupables à l’origine de cette véritable hécatombe.
Quel est donc cet « agent » qui dissémine nos chères abeilles ? Le monde scientifique semble s’accorder aujourd’hui pour affirmer que la fragilisation des colonies d’abeilles à travers le monde est due non pas à un seul et unique facteur mais à plusieurs facteurs combinés. Passons quelques uns d’entre eux en revue.

Les maladies

MaladiesSource : mdinvasivesp.org

Loques (américaine et européenne), nosémose, dysenterie, viroses, acariose… les maladies, parasites et ennemis en tout genre des abeilles ne manquent pas et affaiblissent les colonies.
L’une des principales causes de déclin formellement identifiée à ce jour répond au doux nom de Varroa destructor (7). Première cause de mortalité des colonies d’abeilles domestiques au niveau mondial, le varroa est un acarien parasite. Il affaiblit les abeilles et les rend plus sensibles à d’autres facteurs comme les virus.
Une récente étude américaine pointe du doigt l’IAPV ou virus israélien de paralysie aiguë. L’apparition de ce virus semble coïncider avec celle du syndrome d’effondrement aux Etats-Unis. L’étude montre par ailleurs que la probabilité qu’une colonie infectée par le virus décline est supérieure si la colonie est déjà fragilisée par Varroa destructor qui joue également le rôle de facteur de transmission des virus d’une abeille à une autre mais aussi d’une colonie à l’autre (5).

Les pesticides

PesticidesSource : www.mrnf.gouv.qc.ca

Le Cruiser est un insecticide neurotoxique systémique c’est-à-dire qu’il s’attaque au système nerveux des insectes qui consomment des fragments ou des fluides issus de plantes traitées. Ce type d’insecticide est souvent mis sur la sellette car il peut affecter des insectes non ciblés comme les abeilles.
En France, le débat autour de l’utilisation des pesticides est particulièrement virulent opposant souvent agriculteurs et apiculteurs. En 2004, deux insecticides neurotoxiques systémiques, le Gaucho® et le Régent TS®, étaient interdits en France. Ce sont deux insecticides d’enrobage : ils entourent les graines de tournesol et de maïs. Ceci permet d’éviter l’épandage par voie aérienne de substances toxiques qui on le comprend bien n’est pas sélectif et touche insectes non désirés et insectes « utiles » sans distinction aucune. Ce type d’insecticide a rapidement montré ses limites : le produit étant incorporé dans toute la plante, des racines au pollen, tous les insectes butineurs sont exposés. Et l’abeille butine…
Mais voilà, une fois les insecticides Gaucho® et Régent TS® interdits, les abeilles ont continué de mourir. La polémique est repartie de plus belle avec l’argument « les insecticides ne sont pour rien dans la mortalité des abeilles, les apiculteurs se sont attaqués à un faux ennemi ».
Mais en réalité les faits sont beaucoup plus nuancés. Après l’épandage massif d’insecticides ou au moment du butinage sur des champs traités, une mortalité accrue dans les ruches est constatée : c’est un fait. Si le déclin ne s’est pas stoppé en même temps que l’interdiction de ces produits, c’est sans doute que les abeilles sont non seulement fragilisées par les pesticides mais aussi par d’autres facteurs.

Le frelon asiatique

Frelon asiatiqueSource : www.aktion-wespenschutz.de

Mondialisation oblige, les introductions accidentelles d’espèces végétales ou animales se sont multipliées au cours des dernières décennies. Le frelon asiatique en est le parfait exemple. Introduit en France en 2005 via des poteries chinoises, il est maintenant bien implanté dans le sud ouest de la France et est rapidement devenu un redoutable prédateur des abeilles domestiques.
Alors que les abeilles ne comptaient plus leurs ennemis, en voici un nouveau particulièrement impressionnant qui opère par attaques. Après un vol stationnaire devant la ruche, il fonce sur les butineuses, les tue, les dépèce puis les donne à manger aux larves. L’attaque est particulièrement rapide d’où le sentiment de crainte montant chez les apiculteurs qui tentent de s’organiser pour lutter contre ce prédateur en mettant au point des pièges.

Diminution de la biodiversité végétale

Plantes et fleursPlantes à fleurs et abeilles sont le fruit d’une longue co-évolution. Les premières ont besoin des abeilles pour assurer leur pollinisation tandis que les secondes ont besoin des plantes à fleurs pour leur fournir les précieux pollen et nectar. Sans abeilles, les plantes à fleurs ne peuvent plus se reproduire, sans plantes à fleurs, les abeilles ne peuvent plus produire de miel.
Comment sauver nos abeilles ? L’idée des jachères apicoles est née et fait son petit chemin. Il s’agit de favoriser les plantes mellifères et nectarifères dans les jachères agricoles mais aussi dans nos jardins et balcons. Le but est de créer de petits havres de paix pour nos abeilles en réintroduisant de la biodiversité végétale (11). Si l’idée semble bonne, nous ne disposons pas de suffisamment de recul pour évaluer son impact réel sur les populations d’abeilles.

(Attention, rétablissons ici une vérité : la pollinisation des plantes ne se fait pas uniquement via les abeilles. D’autres insectes, le vent, l’eau sont capables d’assurer la pollinisation des plantes. Nous ne sommes pas en train d’avancer que l’abeille domestique est le seul insecte pollinisateur mais c’est bien un pollinisateur majeur. La pollinisation par les insectes, essentiellement par les abeilles, intervient pour 80% des espèces de plantes à fleurs.
On entend par ailleurs souvent par « abeilles », « abeilles domestiques ». Il existe en réalité environ 20 000 espèces d’abeilles dans le monde.)

Les changements climatiques

Accommodés à toutes les sauces, les changements climatiques semblent devenir les boucs émissaires tout trouvés. Les changements climatiques comme explication de tous les maux de la planète se banalisent à tel point qu’ils laissent indifférents ou ne réussissent plus à convaincre.
Les conditions climatiques influent de façon prépondérante l’activité saisonnière des abeilles. Hivers rudes et étés secs ou au contraire hivers doux et floraisons précoces : les abeilles en perdraient la boussole. Mais aucune corrélation entre réchauffement climatique et mortalité des abeilles n’a encore été démontrée scientifiquement.

Les ondes électromagnétiques

La suspicion autour des ondes électromagnétiques reste grande : on ne peut parler que de suspicion puisque aucune étude scientifique indépendante n’existe à l’heure actuelle. Mais, on sait que les abeilles sont sensibles au champ magnétique terrestre grâce à de petits cristaux contenant du fer, situés sous leur abdomen. Faute d’étude pertinente sur ce sujet, impossible d’affirmer que les ondes électromagnétiques font perdre le nord à nos abeilles.

Pour en savoir plus

Sur la santé des abeilles :
http://www.beekeeping.com/sante-de-labeille/index.htm
http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/zoologie/d/les-abeilles-nous-abandonnent_12769/
http://www.unaf-apiculture.info/

Sur les jachères apicoles :
http://www.jacheres-apicoles.fr/index/


 
 
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