La chenille processionnaire du pin

Fabre et la processionnaire

Jean Henri Fabre, Souvenirs entomologiques - Chapitre XVIII
« LA PROCESSIONNAIRE DU PIN. LA PONTE. L’ECLOSION »

 

Extrait :

« Cette chenille a déjà son histoire, écrite par Réaumur, mais histoire à lacunes inévitables dans les conditions où travaillait le maître. Les matériaux lui arrivaient par le coche, de fort loin, des landes de Bordeaux. L’insecte dépaysé ne pouvait fournir à l’historien que des documents tronqués, avares de détails biologiques, attrait principal de l’entomologie. Les études de moeurs exigent longues observations sur les lieux mêmes où, dans la plénitude des circonstances propices à ses instincts, vit le sujet dont on surveille les actes.

Avec des chenilles étrangères au climat de Paris et venues de l’autre extrémité de la France, Réaumur s’exposait donc à ignorer bien des faits, et des plus intéressants. C’est ce qui lui est arrivé, ainsi que plus tard au sujet d’une autre étrangère, la Cigale. Le parti qu’il a su tirer des quelques nids reçus des Landes n’est pas moins de haute valeur.

Mieux servi que lui par les circonstances, je reprends l’histoire de la Processionnaire du pin. Si le sujet ne répond pas à mes espérances, ce ne sera certes pas faute de matériaux. Dans mon laboratoire de l’Harmas, maintenant peuplé de quelques arbres et surtout de broussailles, se dressent des pins vigoureux, le pin d’Alep et le pin noir d’Autriche, l’équivalent de celui des Landes. Toutes les années, la chenille en prend possession et y file de grandes bourses. Dans l’intérêt du feuillage, odieusement ravagé comme si le feu avait passé par là, je suis obligé, chaque hiver, de passer revue sévère et d’extirper les nids avec une longue latte fourchue.

Voraces bêtes, si je vous laissais faire, je serais bientôt privé du murmure des pins devenus chauves. Je veux aujourd’hui me dédommager de mes ennuis. Faisons un pacte ; vous avez une histoire à raconter ; racontez-la-moi, et pour un an, pour deux et davantage, jusqu’à ce que je sois à peu près au courant de tout, je vous laisse tranquilles, dussent les pins lamentablement en souffrir.

Le pacte conclu, les chenilles laissées en paix, j’ai bientôt de quoi largement suffire à mes observations. Ma tolérance me vaut une trentaine de nids à quelques pas de ma porte. Si la collection ne suffisait pas, les pins du voisinage me fourniraient tel supplément qui serait nécessaire. Mais je préfère, et de beaucoup, la population de l’enclos, d’observation plus aisée dans ses habitudes nocturnes, à la clarté d’une lanterne. Avec telles richesses, journellement sous mes yeux, à telle heure que je voudrai et dans les conditions naturelles, l’histoire de la Processionnaire ne peut manquer de se dérouler en plein. Essayons.

Et d’abord l’oeuf, que Réaumur n’a pas vu. Dans la première quinzaine d’août, inspectons les branches inférieures des pins à hauteur du regard. Avec la moindre attention, on ne tarde pas à découvrir, d’ici, de là, sur le feuillage, certains petits cylindres blanchâtres, qui font tache sur la sombre verdure. Voilà la ponte du Bombyx ; chaque cylindre est le groupe d’oeufs d’une mère. »

Pour en savoir plus télécharger la suite du document

 
 
Haut de page

© Micropolis, la cité des insectes - Le Bourg 12780 Saint Léons
tél. (00 33) 05 65 58 50 50 email : contact@micropolis-aveyron.com